Le bleu et le noir

Publié le par Alain Lesueur

crise-terre-en-lambeaux1.jpgIl y a deux mois, le ciel de la Guadeloupe en campagne électorale était bleu azur. Aujourd’hui, les nuages noirs qui jusque là étaient bien présents, mais transparents, notamment aux yeux de la presse, sont devenus visibles comme par miracle. El parmi ceux qui ont miraculeusement recouvré la vue, il y a aussi le président de la Région. Comme Colomb à l’époque, il découvre la Guadeloupe.

Intéressante interview du Président de Région ce matin dans l’édition matinale de RFO. On se demande si on est dans la même région, la même Guadeloupe, la même population, la même économie, et si ce président est bien celui qui était candidat à sa propre réélection, il y a un peu moins de deux mois ?

Car à entendre le président réélu, rien ne va plus en Guadeloupe. Les jeux sont faits, comme on dit au casino. Et les choses ne sont pas en voie d’aller mieux. Tout le contraire de ce que disait le candidat dont le bilan était brillant, dans une Guadeloupe où au cours du deuxième mandat, on allait voir ce que l’on allait voir, avec Tous pour la Guadeloupe. Où sont les « Tous » ? Ne serait-ce pas par hasard les mêmes que les « Nou » qui défilaient en chantant en 2009 ?

Nous rejouons pour nous-mêmes, la comédie du LKP qui nous aurait appris ce que nous disions ne pas savoir, mais que nous savions très bien. Les médias qui ne savaient pas trouver assez de mots pour louer le bilan de la Région, ne voyant aucun problème dans cette Guadeloupe de début 2010, sont en train de sortir du coma. La crise n’épargne pas les médias. Cela va aider les yeux à s’ouvrir.

Le président de Région disait tout savoir et pouvoir, avant l’élection. Désormais, il dit qu’il ne peut rien. Il est plus près de la vérité aujourd’hui qu’hier. Une fois que la crise s’est installée, elle est plus difficile à combattre qu’à prévenir. C’est comme en matière de santé. L’hygiène de vie est souvent moins coûteuse et plus efficace qu’un lourd traitement médical. Comme il ne peut pas grand-chose, il reçoit les partenaires sociaux pour le dire. Et pendant la concertation tardive, la crise continue de plus belle. Tout le monde semble démissionner. Car à entendre les responsables de la Sécurité sociale, les entreprises les plus endettées snobent le Plan Corail, mis en place pour les sauver, ou les maintenir sous respiration artificielle. Cette contradiction laisse perplexe. Et si les entreprises en question avaient déjà compris qu’elles gagneront à s’euthanasier pour renaître de leurs cendres en laissant d’une manière ou d’une autre, tout ou une partie de l’ardoise sur laquelle est inscrite leur dette au contribuable ? Quelle morale tirer de cela ?

Une collectivité humaine ne peut survivre sans de consensus social minimum. Lorsque celui-ci est remplacé par une guerre civile larvée, doublée de la volonté de chacun de vivre au dépens de tous, cette société est menacée par elle-même. Lorsque la politique consiste trop visiblement à tromper les électeurs, en leur chantant une chanson avant chaque scrutin et une autre le mois qui suit, on fait la pédagogie de l’escroquerie comme fondement de l’action publique. Lorsque l’entreprise devient une entité où patron et salarié cherchent, par des pratiques abusives partagées, à la dépecer, pour laisser l’ardoise au contribuable, il n’y a même pas besoin de crise internationale pour que cette société fasse faillite.

Publié dans La Guadeloupe

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