La découverte d’Haïti

Publié le par Alain Lesueur

Il aura fallu un malheur d’une ampleur inimaginable pour nous faire découvrir Haïti, ou plutôt les Haïtiens de chez nous. Jusqu’ici, ils étaient nombreux à être dotés du don d’invisibilité.

 

Est-ce du cynisme que d’adopter l’adage « A quelque chose malheur est bon » face à une telle catastrophe ? Toujours est-il qu’assistant vendredi 15 janvier 2010 à une réunion demandée par les ressortissants haïtiens dans une salle communale, j’eus soudain le sentiment que les 200 personnes présentes étaient toutes surprises du si grand honneur qui leur était fait. On aurait cru l’équivalent d’un Guadeloupéen que Sarkozy reçoit à l’Elysée. Je me suis demandé si ce n’était pas la première fois que ces hommes et ces femmes, dont certains résident ici depuis parfois plus de 30 ans, si ce n’était pas la première fois que ces enfants, la plupart nés en Guadeloupe, étaient reçus, en tant que personne humaine, "officiellement" dans une salle communale, à l’invitation de la municipalité. Bref, beaucoup donnaient l’impression, par de trop lourds remerciements, qu’ils tentaient parfois dans le meilleur français dont ils étaient capables, de renaître, ou de naître à une forme de citoyenneté communale et peut-être guadeloupéenne.

Il faut avouer que la discrétion des Haïtiens, autant que la rudesse de leurs premiers contacts avec nous les Guadeloupéens, n’offrent pas souvent l’occasion apportée par le séisme, d’entendre et peut-être aussi pour la première fois, d’écouter la parole de cet « autre nous-même » qui vit à nos côtés au quotidien. Le malheur est un maître. Il enseigne la géographie et l’histoire. A Sainte-Rose, on a découvert à cette occasion que nous avons beaucoup de coréligionnaires originaires de Léogane. Sauf que notre première visite guidée faite par « l’habitant qui n’habite plus » est celle d’un champ de ruine. Avant, nous n’étions pas intéressés. Et à Léogane, l’église qui s’est effondrée sur la population est dédiée à… Sainte-Rose de Lima. Une manière de nous rappeler que notre indifférence coupable a peut-être la même racine que le racisme. Tous les deux sont souvent le fruit avorté de l’ignorance. Cette coïncidence dans le baptême des lieux de foi est peut-être aussi un signe, une manière de nous indiquer sans doute aussi, unlieu où il nous faut agir, aujourd’hui et demain, cela, pour le cas où nous manquerions d’imagination.

Publié dans Au jour le jour

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fortin simone 19/01/2010 16:54


Elle est ou la "PROFITATION"


FORTIN SIMONE 19/01/2010 16:15


Il a fallu en effet ce désastre en Haiti pour que subitement tout le monde aime les haitiens, tout comme un mort a subitement toutes les qualités.
Certains vont même jusqu'à profiter de ce malheur pour assurer leur campagne de publicité: quelle indécence.


Alain Lesueur 19/01/2010 16:34


Je ne vous le fais pas dire Simone. Indécence est le mot juste. J'ai vu dans France Antilles un placard publictaire du don fait par une banque en faveur d'Haïti. Qu'est-ce que vous voulez parier
qu'ils vont faire la somme entrer dans les charges de fonctionnement qui seront supportés par... les clients. Sans toucher au dividendes des actionnaires.