Haïti chérie

Publié le par Alain Lesueur

C'est dans la douleur que l'on compte ses amis. Haïti a beaucoup d'amis dans le monde... depuis 3 jours. Il faut craindre que ce soit des amis au sens de Facebook, plus qu'au sens de Montaigne et La Boétie. L'explication de l'amitié des deux hommes de lettres tenait en "Parce que c'était moi, parce que c'était lui". Il n'y avait d'autre intérêt en jeu que le lien qui unissait l'un à l'autre. Pour Facebook, aucun "ami" n'a d'intérêt, seul le nombre total compte. Dans le village global de ce 21e siècle commençant dans la douleur, tout est média, tout est message. La solidarité, l'humanitaire, deviennent parfois desfonds de commerce. La générosité n'est pas incompatible avec la guerre économique et la conquête des parts de marchés. La reconstruction d'Haïti est un chantier titanesque. C'est donc aussi un marché potentiel colossal qui va peut-être se chiffrer en milliards de dollars. Les contributeurs seront pour une bonne part des Etats, mais les opérateurs seront des entreprises bien privées, et décidées à rentabiliser leur intervention. Pendant l'aide humanitaire, la guerre économique continue. Pour en revenir à Haïti, le pays aurait gagné à avoir un peu moins d'amis aujourd'hui, mais un peu plus hier. Avant ce nouveau malheur, c'était déjà une succession de cyclone, et avant encore, déjà la misère. Il faut espérer qu'Haïti conservera une part importante de ces nouveaux amis, dans quelques semaines, lorsque l'attention des médias sera appelée, soit sur un autre drame survenant ailleurs dans le monde, soit sur le Carnaval de Rio, ou celui des élections régionales, ici ou en France. Alors nous, sachant le risque qu'Haïti retombre vite dans 100 mois de solitude, jusqu'à un nouveau malheur, ne relâchons pas l'effort. C'est pendant longtemps encore qu'Haïti aura besoin de notre aide.

Publié dans Au jour le jour

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tida 16/01/2010 17:01


Je viens de voir un téléreportage sur Haïti, sur une chaîne à "Yo" fort bien documenté. Je me demande pourquoi sur une chaîne "an nou" on ne parle que des faits divers.
Ce reportage disait exactement la chose que dans votre article.


Alain Lesueur 17/01/2010 18:53


Il n'est pas dans la culture de notre presse de trop s'éloigner des faits divers qui n'exigent aucun effort de mémoire. Demander de parler d'Haïti à nos femmes et hommes de presse qui n'ont pour la
plupart jamais eu envie de s'y intéresser (les Haïtiens sont trop pauvres), encore moins de s'intéresser à leur histoire de profiter de l'occasion pour non seulement nous informer, mais
s'instruire et nous instruire... Alors, on compte les morts.


Dieudonné 16/01/2010 01:48


Monsieur Lesueur, votre constat est bien réel et je vous remercie pour le peuple haïtien.