David et les Goliath mutants de Frankeinstein

Publié le par Alain Lesueur

Gerty David a été assassinée, sans la moindre raison qui pourrait valoir la plus petites des circonstances atténuantes, dans des conditions monstrueuses. Sa mort ne peut donc être que le forfait d’un monstre humain dont on ne sait pas si c’est la bête à sept têtes.

Il n’y a pas que l’élection régionale dans la vie. Deux grands malheurs viennent nous le rappeler opportunément. Le séisme d’Haïti a réussi l’incroyable, ce qu’on croyait impossible, à savoir mettre pendant quelques jours un bémol sur les cancans entre « grands élus ». Même si beaucoup se sont révélés des organisateurs de secours surtout intéressés à crier sur les toits leurs initiatives les plus insignifiantes.

Le second malheur lui, tape à la porte de notre mémoire oublieuse, sélective pour ce qui nous gêne. Le procès des assassins présumés de Gerty David est un feuilleton où il apparaît que l’enquête a été close avec des zones d’ombres assez ahurissantes. On nous sort des témoins surprise comme dans ces films américains qui se passent dans le sud de cette Amérique ségrégationniste des années 50, dans lesquels la police refuse d’enquêter sur l’assassinat d’un Noir, de peur de « découvrir » une vérité qu’elle connaît déjà. Qui a peur de la vérité sur la mort de Gerty David ? Pourtant, cette vérité, la société la lui doit. Sans elle, la Justice aura assassiné Gerty David une seconde fois. Avec préméditation. Car la famille insiste depuis trop longtemps pour que des professionnels de la Justice n’aient pas compris cette impérieuse nécessité de tout faire pour approcher la vérité d’au plus près. La famille de Gerty David elle, n’est pas morte. Et elle doit vivre. Et doit même revivre ce cauchemar, dans le détail, lors du procès. Elle doit vivre, revivre et survivre, chaque jour, avec cette blessure indélébile, mais que l’on peut cependant soigner, car elle peut quand même cicatriser. Ce qui est un moindre mal. Mais cette cicatrisation sera impossible tant qu’on ne la soignera pas avec un baume de vérité. Gerty David n’est pas encore morte. Elle est encore en train de mourir. Comme dans ces films où les morts restent invisibles aux vivants, mais présents parmi eux, incapables de « partir » tant qu’ils ne sont pas en paix avec leur séjour terrestre, tant qu’ils ne sont pas en paix avec eux-mêmes, parce qu’ils ne sont pas en paix avec nous qui restons. La Justice doit libérer Gerty David, en faisant éclater la vérité.

On peut trouver déplacé de mettre en parallèle la disparition d’un individu et celle de dizaines de milliers, tout aussi innocents de part et d’autre. On peut trouvé exagéré de distinguer ainsi la mort de Gerty de celle d’autres, hélas nombreux, hélas aussi innocents. On peut penser que la Justice tranche tant d’affaires, qu’aucune en soi n’est si importante. Tout cela, je me lesuis dit comme je l’écris. Et moi, lorsque j’ai un doute, je consulte l’un de mes mentors, Martin Luther King, capable de m’envoyer des messages d’outre tombe. Luther King disait : « Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice dans le monde entier. » Et à la famille de Gerty, il a laissé le message suivant : « Dieu a les deux bras étendus. L’un est assez fort pour entourer de justice. L’autre assez doux pour nous entourer de grâce ».

Publié dans Au jour le jour

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