Cendrillon dans la Case de l’Oncle Tom

Publié le par Alain Lesueur

JB.jpgMarie-Luce Penchard est une néophyte en politique. Commencer ministre ou conseiller municipal ne change pas un point essentiel, il faut faire ses classes. On ne sait jamais, avant d’avoir appris. Et la politique, c’est comme le vélo. Pour apprendre, il faut faire des chutes. En apprenant sur un vélo d’enfant, les chutes sont moins graves que sur une « cadre homme »  et les blessures d’amour propre, moins profondes. Marie-Luce n’ a jamais fait de campagne électorale. Elle n’a sans doute jamais rédigé un discours, prononcé par un politique. Sauf peut-être pour sa maman. Mais faire parler une maman bienveillante, c’est comme chanter dans sa salle de bain. Cela ne vous prépare pas à passer à l’Olympia, à plus forte raison à Bercy. On ne peut même pas dire que Penchard soit médiocre. D’ailleurs cela lui donnerait une touche d’originalité dans un microcosme ministériel où les nuls sont quand même assez rares. Penchard n’a rien d’extraordinaire. Elle est une femme ordinaire, poussée par maman dans ce qui se révèle pour elle comme « Dallas, un univers impitoyable. » Marie-Luce ferait une honnête conseillère régionale au titre de la parité, comme Borel ou Pépin. Personne ne serait allé la chercher chez elle, à plus forte raison en France, si elle n’était la fille de Lucette d’une part, et si, d’autre part, Lucette n’utilisait pas son poids politique comme une dot pour marier sa fille. A Aldo aujourd’hui, bien qu’elle le trouve indigne d’être son gendre politique, et à n’importe qui, dès demain s’il le faut, quand elle aura renvoyé Aldo chez sa femme. La Lucette a déjà annoncé la couleur à Aldo en public. Dans le couple Aldo-Penchard, couple que Lucette même trouve mal assorti, qu’on se le dise, c’est Marilis qui porte la culotte. Dans la « polémique des 500 millions », Penchard n’a rien dit d’extraordinaire, sauf qu’elle l’a dit exactement comme il fallait éviter de le dire. C’est ce qu’on appelle une gaffe. Le seul sujet sur lequel il ne fallait pas improviser, ni se laisser emporter, c’est celui-là. Un sujet sur lequel un ministre de l’outre mer originaire de l’outre mer est impardonnable. Sauf que Marie-Luce, à qui aucun politique n’a jamais rien fait en Guadeloupe, « ramasse la cause de sa maire de mère ». Or, Lucette a des causes à défendre, dont les mauvaises sont aussi nombreuses que les bonnes. Marie-Luce commet l’erreur de ne pas faire l’inventaire. Si elle peut tout accepter des legs de sa maman, au plan familial, en politique, il faut prendre tout héritage « sous bénéfice d’inventaire ». Jospin l’a affirmé, avec le mitterrandisme. Marie-Luce se comporte comme si elle avait des adversaires politiques depuis 30 ans, alors qu’elle est en politique depuis trois semaines. Même son poste de ministre n’est pas un poste politique. Elle est encore conseillère de l’Elysée chargée de l’outre-mer. Sauf qu’elle le fait avec un nouveau titre, secrétaire d’Etat puis ministre. En réalité, Marie-Luce n’a pas plus de pouvoir d’influence que la secrétaire particulière du Secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéhant. En somme, à peine plongée dans l’eau de son baptême politique, Marie-Luce a déjà failli se noyer, a bu la tasse, même pas dans le « petit bain » réservé aux enfants, mais dans un petit bénitier où n’importe quel nain surnagerait. Hélas pour elle, Marie-Luce n’a pas l’étoffe de Lucette, ni en bien, ni en mal. Elle est bien plus jolie et… bien plus fade. Elle n’a pas la beauté rebelle et irradiante de la femme d’Etat charismatique que Lucette porte sur chaque sillon de son visage, est qui elle, est une beauté imperméable au temps, la beauté éternelle de ceux qui ont érigé leur statue.
Le Parti socialiste qui n’a pas matière à faire une campagne régionale offensive, vu qu’il est au pouvoir dans les régions, a vu dans la gaffe de Marilis une belle occasion de faire oublier par les médias les frasques de Georges Frêche à Montpellier. Du coup, Penchard dont pas un Français sur 100 ne savait qui c’est, a eu les honneurs de TF1. Preuve que Sarkozy a laissé faire, pour tirer ses conclusions. D’autant que son ami de 30 ans Patrick Balkany, qui défendit le Prince Jean, bec et ongles, à utilisé le mot qui tue, disant qu’il fallait la « virer ». C’est tout juste s’il n’a pas dit la fin logique de la phrase : « comme une malpropre ». Et c’est le drame du conte de fée de Marie-Luce. C’est la Cendrillon du Gouvernement. Son mauvais discours, ce sont le 12 coups de minuit qui transforment son beau carrosse en citrouille. Il ne suffit pas de porter des souliers de vair, et d’aller au bal dans le grand monde. Encore faut-il éviter de se prendre les pieds dans le tapis de la noblesse d’Etat française, passée par les Grandes écoles, quand on est habitué à marcher sur du carrelage bourgeois d’importation et de facture récente. Marie-Luce aurait dû comprendre que comme au 17e siècle, le fait que le maître fasse entrer une esclave dans sa maison, pour faire la cuisine ou s’occuper de l’éducation de ses enfants, n’en faisait pas pour autant un membre de la famille. En apparence, elle était considérée en tant que telle. Mais à la moindre tension, au moindre soupçon de révolte des esclaves, on pouvait l’écarter, la renvoyer à sa « Rue Case nègres » de peur qu’elle n’empoisonnât « la famille ». La famille UMP ne réagit pas autrement avec cette « intruse », intronisée ministre selon le modèle des favorites des rois de l’Ancien régime, par le fait du Prince, au détriment d’autres prétendants, d’autres courtisans. Nicolas Sarkozy n’a pas le poids de l’esclavage dans son héritage familial. Sa famille est française depuis bien moins longtemps que nous. Et donc hélas, ou heureusement, Nicolas Sarkozy n’a rien d’un « Oncle Tom » au visage de Louis Armstrong chantant « What a wonderful world » à l’ère de Ku Klux Klan. Sarko est d’une autre génération. Sa jeunesse, c’est plutôt la période « Black Panther » et la référence de l’époque, c’est plutôt le « War » d’Edwin Star. Ce n’est que dans quelques années, lorsqu’il aura digéré ses ballons sondes de Négropolitains bien lisses, qu’il pourra écouter le « Say it loud. » I’m black and proud » de l’inégalable Godfather of soul, Jaaaaaaaaames Brown. Nous vivons les années 60 américaines.

Publié dans Les régionales

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