Après la fin, il y a la faim

Publié le par Alain Lesueur

Le drame haïtien est un livre ouvert auquel même les illettrés ont accès. C'est une sorte de fable tragique dans laquelle "les animaux qui meurent de la peste" sont des êtres que leur mort tragique ramène à l'humanité. Le monde entier se surprend lui-même d'être ainsi "tombé d'amour pour Haïti". Un vrai coup de foudre. A moins que nous, riches occidentaux, ayons vu là une occasion, à moindre frais, de faire notre acte de contrition, afin de pouvoir aller communier le dimanche en ayant l'air de nous être lavés de tous nos égoïsmes passés et de notre indifférence séculaire. Je dis nous, car Etats et population, nous sommes sur la même longueur d'onde de cette générosité, plus ou moins calculée. Tous les parrains savent qu'on s'en sort à meilleur compte en jouant le Père Noël une fois par an, qu'en suivant les études de son filleul au jour le jour. Transposé, cela veut dire qu'il vaut mieux débarquer ses sacs de riz sous l'oeil des caméras après un cataclisme que d'aider Haïti au jour le jour, dans la durée. Bernard Kouchner est d'ailleurs un excellent porteur de sac de riz. Cela l'a conduit à être ministre. Cela veut aussi dire qu'on se fait une meilleure publicité en annoçant une remise de dettes quand CNN est sur le coup, alors qu'on sait que les intérêts de la dette, c'est le prix du pain pour ne pas mourir de faim. Il n'y a qu'à voir les querelles sans scrupules des Français avec les Américains popur comprendre que les Haïtiens sont au coeur d'une guerre "commerciale", chacun ayant le souci que sa part de marché soit la plus grosse. Avant, pendant, et après le drame d'Haïti, dans différents pays d'Afrique, et dans l'indifférence générale, des enfants meurent de faim chaque jour. Parfois, c'est à cause de la guerre. Parfois, c'est à cause de... rien du tout. Je veux dire par là que c'est la situation "normale" du pays, que des enfants innocents y meurent de faim.

Publié dans Au jour le jour

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llebot 27/01/2010 09:41


Vous devez savoir que l'argent ne prend pas l'odeur des cadavres qu'il laisse sur sa route,
Combien de temps encore, laisseront nous quelques poignées d'humains continuer de nous empuantir?